La nécessaire convergence des marxistes et le projet Marxist Revival

Posted: December 4, 2015 in Political Views

Le texte qui suit est le discours prononcé par Maziar Razi lors du séminaire de Marxist Revival à Cologne, en Allemagne, le 22 Novembre 2013.

Dans la situation actuelle, la convergence des marxistes au niveau international est à l’ordre du jour. L’idée de convergence, d’un point de vue marxiste, consiste à rompre avec les conceptions et traditions déformées existant actuellement dans le mouvement ouvrier et, sur cette base, de déterminer les conditions d’une convergence marxiste ayant pour objectif d’intervenir dans le mouvement ouvrier et de préparer la révolution socialiste.

Afin de déterminer ces conditions, les marxistes doivent revenir aux théories de Karl Marx et avoir recours à sa méthode et à son approche analytique.

Quelle est notre raison d’être ?

Notre motivation est en fait la même que celle de Marx en son temps. Après avoir rompu avec les socialistes élitistes, les socialistes utopiques et les philosophes de son époque, Marx a été capable de transformer le socialisme en une science. Nous partageons le même projet, c’est-à-dire celui de mettre à jour ou clarifier la science de la libération de l’humanité en rapport avec la situation actuelle du mouvement ouvrier. En d’autres termes, notre motivation est de redéfinir le marxisme pour son utilisation au XXIe siècle. En nous démarquant des tendances déformées et faussement socialistes opérant sous le nom de « socialisme » et « marxisme », nous pouvons atteindre, à l’instar de Marx, un marxisme scientifique et véritable, afin de réaliser la convergence des marxistes avec succès.

Évidemment, afin de rompre définitivement avec ces conceptions déformées, nous devons définir les éléments par rapport auxquels nous en divergeons.

Avant d’expliquer ces éléments, il nous est nécessaire d’examiner quelles sont nos tâches, notre méthode et les aspects significatifs de la situation actuelle du mouvement ouvrier international, en utilisant pour cela la méthode marxiste, afin de montrer en quoi la situation actuelle rend nécessaire la convergence des marxistes au niveau international et le projet Marxist Revival.

Quel est notre objectif ?

Notre but final reste identique à celui que Marx a lui-même visé : « constitution des prolétaires en classe, renversement de la domination bourgeoise, conquête du pouvoir politique par le prolétariat. »[1]

Cent soixante-cinq ans après la première parution du Manifeste communiste cette théorie est toujours d’actualité. Non seulement il n’y a pas de doute concernant sa validité, mais dans la situation mondiale actuelle, sa nécessité se fait plus que jamais sentir. Si ce n’est par une description générale, Karl Marx a peu écrit sur les spécificités et les différents aspects de la société socialiste ou sur la période de transition jusqu’à la constitution de l’État socialiste, qui commence dès la prise du pouvoir par le prolétariat, et à travers laquelle la société socialiste sans classe vient à naître. Cependant, si Marx s’est limité aux traits généraux et aux perspectives futures d’une telle société ce n’est pas en raison d’une quelconque faiblesse théorique, mais bien du fait de sa conception matérialiste de l’histoire et de sa méthode scientifique. C’est en cela qu’il se distingue nettement du socialisme utopique petit-bourgeois qui envisageait l’avenir de manière idéaliste et selon des modèles prédéterminés.

Marx pensait que le prolétariat et l’ensemble des masses laborieuses sauraient planifier soigneusement la nouvelle société après avoir renversé la suprématie de la bourgeoisie. Cependant, ce dont Marx était tout à fait sûr, c’est que le capitalisme n’était pas en mesure de satisfaire les besoins de la majorité de la société. Il devait donc être renversé par le prolétariat, lui-même produit de la naissance et du développement des rapports capitalistes et qui deviendrait le « fossoyeur » de ce système.

Tout comme Marx, nous pensons qu’au XXIe siècle, notre tâche ne peut être autre que de se préparer en vue du renversement du capitalisme par le prolétariat et de l’établissement d’un ordre socialiste. Car le capitalisme impose ses guerres et ses destructions massives, et, avec la destruction massive de forces productives, a fait entrer l’humanité dans une phase de régression. Jusqu’à présent, la classe ouvrière et les masses opprimées du monde entier ont toujours été les principales victimes de ces conflits, alors que le capitalisme a généré d’énormes profits grâce à la guerre. Tout cela prouve non seulement l’état de décadence et de décomposition du capitalisme mondial, mais souligne aussi le dilemme auquel l’humanité fait face : « socialisme ou barbarie ». La classe ouvrière, en s’appuyant enfin sur ses propres forces en tant que seule véritable classe productrice de richesse, en organisant la révolution sociale, en supportant les défaites et les victoires, créera un ordre nouveau, qui servira réellement les intérêts de l’humanité. Ce sera le système communiste où enfin le principe « de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins » sera mis en application.

Quelle est notre méthode ?

La convergence des marxistes, selon les enseignements de Marx, ne peut être réalisée qu’à l’aide de la méthode critique de l’activité révolutionnaire. Dans ses Thèses sur Feuerbach, Marx met en exergue le principal défaut de Feuerbach qui, comme tous les matérialistes avant lui, « ne comprend pas l’importance de l’activité “révolutionnaire”, de l’activité “pratique-critique” ». [2] Ici l’adjectif « critique » est utilisé pour signifier la nécessité de découvrir les racines de la situation actuelle des luttes ouvrières ; « révolutionnaire » signifie que l’objectif est de changer et de transformer la situation actuelle ; et « pratique » signifie l’action intentionnelle ou activité consciente. Nous devons utiliser la même méthode pour la convergence des marxistes, afin de redéfinir le marxisme comme une science : la science des conditions de la libération de la classe ouvrière.

Quelles raisons nous amènent à proposer le projet Marxist Revival aujourd’hui ?

Quelle est la situation politique mondiale actuelle ? Aujourd’hui, dans la situation présente des luttes de la classe ouvrière, nous assistons à deux phénomènes parallèles. Pour visualiser et comprendre ces phénomènes, il n’est pas nécessaire d’avoir recours à une analyse spécifique ou à des discussions sans fin. N’importe qui peut les constater.

Le premier phénomène est la réaction de millions de personnes contre les menaces et les attaques systématiques du capitalisme. Au cours des dernières années en particulier, à travers leurs luttes quotidiennes, les masses ont été en mesure de développer une meilleure compréhension de la nature véritable du capitalisme et des États à son service. Après trente ans de domination néolibérale et de stagnation de la lutte de classe, nous avons été témoins, ces dernières années, de manifestations, de soulèvements et de révoltes de millions de personnes à travers le monde. La véritable nature des banques, des centres financiers et des États capitalistes garants de leur sauvetage a désormais été révélée aux yeux des masses. La divulgation d’innombrables documents et de témoignages a brisé le mythe du « droit à la vie privée » des citoyens.

Il n’y a pas si longtemps, si nous, marxistes, affirmions que les banques et les institutions financières tiraient profit de milliers de personnes et les escroquaient, personne ne nous prêtait attention. Lorsque nous affirmions que les États capitalistes sont les commanditaires des banques personne ne nous prêtait attention. Mais désormais, il n’est plus nécessaire de revenir sur le sujet. Aujourd’hui, des millions de personnes à travers le monde, de la Grèce à l’Espagne, de l’Amérique latine à l’Afrique du Nord, qui sont descendus dans la rue et manifestent contre les programmes d’austérité et les restrictions, ont atteint ce niveau de conscience.

Les révélations faites par Julian Assange et Edward Snowden (et autres lanceurs d’alerte), ont renforcé cette prise de conscience. Au niveau international, les masses ont atteint en grand nombre une conscience anticapitaliste, parfois même une conscience socialiste. Elles possèdent un point de vue critique et souhaitent que les conditions actuelles changent. Elles exigent une rupture avec le capitalisme et veulent dépasser ce système.

Le second phénomène est que, bien que ces changements dans les conditions objectives et la conscience des masses en faveur de la révolution aient eu lieu, nous n’avons été témoin d’aucune révolution socialiste. Les marxistes se sont préparés en vue de ce jour dans leur organisation respective depuis plus de trois décennies, afin de conduire les masses vers la révolution socialiste. Et pourtant ils ont soit été complètement absents, soit leur rôle dans le déroulement des luttes a été négligeable ou presque. Les marxistes sont plus que jamais dispersés et divisés. La crise politique et organisationnelle au sein d’un grand nombre d’organisations marxistes s’est accentuée. La crise théorique est palpable. Les conceptions marxistes de base, et Karl Marx lui-même, ont été mis de côté et même enterrés sous un tas de déviations théoriques, de dogmatismes et de concepts idéologiques. Au cours des conflits et des guerres entre les États impérialistes et les États capitalistes réactionnaires du Moyen-Orient, certaines organisations « marxistes » ont, implicitement ou explicitement, pris le parti de l’impérialisme, tandis que d’autres ont pris parti pour les régimes réactionnaires de la région. La bureaucratisation, les scissions et les divergences sont monnaie courante dans les divers groupes marxistes. La réalité est que le marxisme, en tant que science de la libération de la classe ouvrière, a été déformé et oublié. En outre, la perte de crédibilité du socialisme au niveau mondial, causée par les dérives des « camps socialistes » comme l’URSS, la Chine et les États qui en dépendent, est toujours présente. Les déformations délibérées et systématiques des notions fondamentales du marxisme par l’Académie des Sciences de Moscou d’une part, et la coopération en pratique de Moscou et de Pékin avec la bourgeoisie contre le mouvement ouvrier et communiste dans le monde d’autre part, ont infligé des dégâts massifs et désastreux à la classe ouvrière internationale. Par voie de conséquence, à l’échelle mondiale, des millions de gens issus de la classe ouvrière doutent du socialisme. La crédibilité du socialisme a été ébranlée aux yeux de millions d’ouvriers et de travailleurs du monde entier.

En mettant ces deux phénomènes contradictoires côte à côte, cela nous permet d’aboutir à une conclusion : les masses sont prêtes pour la révolution socialiste, mais les marxistes sont en crise et ne sont pas en mesure d’intervenir et de diriger les masses pour atteindre cet objectif, à savoir l’écrasement total des États capitalistes et l’établissement du socialisme.

Aujourd’hui, les marxistes doivent trouver une solution pour surmonter cette situation affligeante. La solution est la même que celle qui a fonctionné à l’époque de Marx : actualiser et faire évoluer la science de la libération du prolétariat (le socialisme scientifique, c’est-à-dire en fait le marxisme) et rompre avec toutes les tendances élitistes et utopiques qui entravent le marxisme, à l’aide la méthode pratique-critique révolutionnaire.

Quelles sont les conditions préalables pour faire revivre le marxisme ?

Pour que les marxistes se coordonnent dans Marxist Revival et redéfinissent le marxisme du XXIe siècle, il y a deux conditions préalables qu’il leur est nécessaire d’étudier et de réaliser en commun et plus largement :

Tout d’abord, il faut revoir et réétudier les racines du marxisme (en évitant les méthodes biaisées et subjectives, ce que Marx appelait clairement l’analyse « idéologique »). Il faut examiner les idées des socialistes avant Marx et tout à la fois chercher et étudier, afin de la définir et la clarifier, la raison pour laquelle Marx a dû rompre avec les socialistes qui l’ont précédé. Il est également nécessaire de se pencher sur sa rupture avec les philosophies antérieures et de découvrir sa méthode d’analyse des problèmes sociaux. Ces conditions préalables sont bien sûr un minimum et ne sont évidemment pas suffisantes. Ces mesures doivent être prises collectivement et globalement entre les tendances marxistes.

Dans un deuxième temps, il faut examiner et tirer les leçons de l’expérience du socialisme au cours du siècle dernier. Cela signifie analyser le socialisme russe et le socialisme chinois (et cubain, vénézuélien, la guérilla et ainsi de suite). Ce processus critique et cette façon de tirer les leçons de l’histoire doit également avoir lieu collectivement de façon objective et sans parti pris.

C’est dans ce contexte que les marxistes portent la responsabilité de leur tâche initiale qui est de redéfinir le marxisme du XXIe siècle.

Cependant, pour redéfinir le marxisme, il ne suffit pas de maîtriser et nous armer de la connaissance des racines historiques des expériences révolutionnaires du XXe siècle et d’en tirer des enseignements positifs ou négatifs. D’après Marx, les marxistes doivent également être impliqués dans l’expérience critique-révolutionnaire des luttes actuelles de la classe ouvrière au niveau international et intervenir avec la volonté de changer la situation. Les interventions des marxistes dans le mouvement ouvrier actuel ne peuvent avoir lieu que si la méthode pratique-critique révolutionnaire (activité consciente) est appliquée. Il est nécessaire de s’appuyer sur un programme socialiste pour que ceci soit possible. Ce dernier ne comprend pas seulement la théorie, les expériences historiques et internationales du mouvement communiste. Il comprend également et essentiellement une activité consciente, qui s’identifie aux actions conscientes des travailleurs eux-mêmes dans leurs luttes de classe aujourd’hui. Il a été dit que sans théorie révolutionnaire la révolution ne pourrait être victorieuse. À savoir, la théorie révolutionnaire sans un programme socialiste ne peut pas garantir la victoire de la révolution. Cependant, cette théorie a elle-même deux volets : d’abord, un volet à la fois historique et international et, ensuite, l’expérience concrète de l’activité consciente du prolétariat. Ces deux volets de la théorie qui composent le programme socialiste sont absolument vitaux, parce que le programme socialiste ne peut pas rester en suspension, car il ne peut perdurer sans un cadre organisationnel. Il serait autrement peu à peu écrasé sous l’idéologie de la classe dominante. En fait, une organisation socialiste est la plus haute expression de la transposition du programme socialiste dans les luttes en cours de la classe ouvrière. Quelle forme d’organisation cela peut-il être ? Karl Marx explique dans le Manifeste communiste :

« Pratiquement, les communistes sont la fraction la plus résolue des partis ouvriers de tous les pays, la fraction qui stimule toutes les autres ; théoriquement, ils ont sur le reste du prolétariat l’avantage d’une intelligence claire des conditions, de la marche et des fins générales du mouvement prolétarien.

« Le but immédiat des communistes est le même que celui de tous les partis ouvriers : constitution des prolétaires en classe, renversement de la domination bourgeoise, conquête du pouvoir politique par le prolétariat. »[3]

La forme organisationnelle suggérée ici par Marx ne peut être autre aujourd’hui que « le parti de l’avant-garde ouvrière ».

Ainsi, la plus haute forme de convergence pour les marxistes est de s’organiser au sein d’un parti politique de travailleurs armé d’un programme socialiste issu de la science marxiste. Il faut souligner ici que dans leurs luttes quotidiennes, les masses atteindront la conscience socialiste et se rendront compte de la nécessité de la révolution socialiste et du besoin de renverser l’État capitaliste. Selon Marx, l’avant-garde du parti des travailleurs est organisée par « les plus déterminés » (intellectuels-travailleurs et travailleurs-intellectuels), réunis autour d’un programme socialiste. Les membres de ce parti ne convergent pas sur la base du « marxisme », parce que le marxisme est une science. Le marxisme est le fondement théorique de la compréhension de la société capitaliste et de son évolution. Comme toute autre science, la validité du marxisme est évaluée sur la base des données disponibles à l’instant donné. Le marxisme, est ainsi capable de changer et d’évoluer en fonction de données nouvelles. Par conséquent, les militants marxistes rejoindront un programme socialiste concret.

Cependant, aujourd’hui les conditions ne permettent pas la création d’une telle structure organisationnelle. À la suite de la crise de crédibilité du socialisme, de la crise du marxisme et du manque de travailleurs à l’avant-garde du mouvement ouvrier, les conditions ne sont pas favorables à une intervention directe dans le mouvement ouvrier pour se diriger vers la révolution socialiste. Mais dès à présent, il est possible de créer un pont entre la situation d’aujourd’hui et la situation idéale. Nous proposons le projet Marxist Revival pour créer un tel pont qui peut nous emmener de là où nous sommes à là où nous désirons aller. Afin que chacun d’entre nous puisse coopérer à ce projet, nous aurons besoin d’une série d’éléments de départ. Conformément à l’idée de Marx, ces fondements doivent être bâtis sur le rejet de l’élitisme et de l’utopie (le socialisme par en haut) dans le mouvement socialiste. Le schéma général en est décrit ci-dessous. Nous croyons que les accepter permet d’envisager le début du processus de convergence entre marxistes. L’objectif final de ce processus est l’unité sur la base d’un programme socialiste.

Les quatre éléments de départ sont basés sur le rejet par Karl Marx des socialistes de son temps. Ils représentent aussi les expériences concrètes du mouvement ouvrier d’alors. Les trois premiers (le socialisme comme une science, un socialisme « par en bas » et un socialisme réellement démocratique) expriment son rejet des socialistes « par en haut » (tels que Babeuf, Saint- Simon et les socialistes utopiques). Le tout premier (le rejet du concept d’idéologie) est essentiellement la conclusion de Marx face à son passé et aux jeunes hégéliens (comme Bruno Bauer et Ludwig Feuerbach). Le quatrième élément (le radicalisme du socialisme) comprend les expériences de luttes ouvrières au sein des organisations combattives nées spontanément, tels que les syndicats, et le rôle des communistes dans l’organisation de la révolution socialiste et de la lutte contre l’État capitaliste, en particulier à travers l’expérience de la Commune de Paris en 1871.

Je vais essayer de présenter les racines historiques de ces fondements, avant d’en venir à la conclusion.

Quels ont été les racines historiques du rejet de l’élitisme et de l’utopisme par Marx ?

Le mouvement ouvrier politique a émergé d’une part du radicalisme petit-bourgeois et d’autre part d’organisations spontanées de type syndicales. Si nous supposons que le syndicat est la mère de cet enfant, le père en est le radicalisme petit-bourgeois. L’enfant, cependant, s’est séparé de son père et de sa mère dès sa naissance.

La raison en est que, bien que le mouvement spontané de la classe ouvrière au cours des XVIIIe et XIXesiècles ait joué un rôle décisif dans le développement des luttes ouvrières, il n’a pas poussé la résistance ouvrière au-delà de revendications économiques. Les luttes syndicales et économiques de la classe ouvrière n’ont jamais abouti à la libération de cette dernière, mais ont fini par souffrir de l’influence de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoisie. En conséquence, le mouvement politique de la classe ouvrière a été contraint de se séparer complètement de cette influence maternelle.

D’autre part, le mouvement politique de la classe ouvrière a été le produit historique de la démocratie petite-bourgeoise. Sur l’aile gauche des Jacobins, a émergé un groupe qui était contre les partisans de la révolution bourgeoise et qui a dénoncé la supercherie bourgeoise de l’« égalité » et de la « fraternité ». Les premières idées politiques de la classe ouvrière ont été formulées par Babeuf et ses disciples durant la Révolution française. Au début, Marx et Engels eux-mêmes ont travaillé avec la presse démocratique petite-bourgeoise radicale et ont participé à son mouvement. En se séparant des forces démocratiques radicales du « populisme », Lassalle et Wilhelm Liebknecht ont établi les premières organisations sociales-démocrates en Allemagne. Plekhanov, le père du « marxisme russe » et fondateur du mouvement politique des ouvriers russes était au début un membre de l’organisation populiste Terre et Liberté. En Angleterre, les fondateurs du mouvement politique ouvrier venaient souvent du milieu radical petit-bourgeois.

Alors que le syndicalisme limitait le mouvement ouvrier, le radicalisme petit-bourgeois servait en dernière instance les intérêts des petits producteurs indépendants. Les idées radicales petites-bourgeoises du XIXe siècle ont en fin de compte restreint les luttes de la classe ouvrière pour servir ses propres intérêts.

Après avoir rejeté les idées réactionnaires, féodales et bourgeoises, ainsi que celles d’autres socialistes dans le Manifeste Communiste, Marx a spécifiquement critiqué les socialistes radicaux, qui étaient impliqués dans les luttes ouvrières (Marx lui-même avait auparavant été influencé par certaines idées des socialistes radicaux). Il a examiné les idées des socialistes radicaux avec une approche critique-révolutionnaire. Dans un premier temps, il a critiqué ces socialistes qui avaient un passé petit-bourgeois radical, issus de ces groupes principalement impliqués dans la Révolution française et qui avaient soutenu Babeuf (l’aile gauche des Jacobins), auxquels ont succédé les blanquistes des années plus tard. Les socialistes radicaux existant après la défaite de la Révolution française, l’aile gauche jacobine dirigée par Babeuf, en sont venus à une série de conceptions. Ils ont expliqué que, fondamentalement, la classe ouvrière, dans la définition générale du terme, ne serait pas capable de passer par une autre révolution, car elle avait été battue pendant la Révolution française. L’aile droite des Jacobins avait utilisé la classe ouvrière, mais n’avait pas pu apporter la victoire à cette dernière, il était donc nécessaire d’avoir recours à une nouvelle méthode. Ainsi, Babeuf pensait que la solution pour les communistes était entre les mains d’un certain nombre d’élites et d’experts en socialisme. Ces élites socialistes, par différentes méthodes et avec différents moyens, tels que l’utilisation de méthodes terroristes ou radicales auraient alors la capacité de renverser l’État capitaliste et eux seuls (sans la classe ouvrière) seraient en mesure de construire une « dictature temporaire » ou d’une « dictature éducative ». En d’autres termes, ces élites socialistes, les militants communistes et socialistes, prendraient ainsi le pouvoir.

L’une des premières critiques de Karl Marx a été adressée contre cette théorie. Il a critiqué celle-ci sans pitié et a expliqué qu’en ayant recours à des tentatives de coups d’État et à des opérations dépendant d’un petit nombre d’élites, nous ne serions pas en mesure de réaliser une révolution socialiste. Cela irait en fait à l’encontre du but recherché. En tant que communistes, nous comptons essentiellement sur les masses ouvrières. Si les travailleurs ne se joignent pas à la révolution, alors bien évidemment un groupe élitiste ne peut pas la faire pour eux (comme le dit Marx : l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes). Marx a fait une critique impitoyable de ces points de vue élitistes.

Ainsi, en rejetant le socialisme des élitistes, Karl Marx a fait le premier pas vers la formation du socialisme marxiste.

L’étape suivante a consisté à faire face aux socialistes utopiques. Contrairement aux socialistes petits-bourgeois, ces socialistes (tels que Saint-Simon) pensaient que la révolution était fondamentalement inutile et qu’elle apporterait seulement chaos et carnage. Saint-Simon estimait qu’il n’y avait pas besoin d’utiliser des méthodes aussi extrêmes et que nous devions trouver d’autres moyens pour éviter d’en venir à la révolution. Les moyens que Saint- Simon avait à l’esprit étaient qu’un certain nombre de personnes de bonne volonté, un certain nombre de socialistes attentionnés, créeraient un monde idéal (une utopie), puis, à travers des négociations pacifiques par en haut et grâce à la création d’une protection sociale par les élites dirigeant le pays, le socialisme serait établi pas à pas, étape après étape. En d’autres termes, par des actions pacifiques et grâce à la modernité, les intellectuels se réuniraient et atteindraient le socialisme raisonnablement, sans révolution, ni chaos, ni massacres.

Marx s’est également opposé à cette théorie, tout comme à toutes les autres théories similaires, proposées en Grande-Bretagne par Robert Owen. Les socialistes utopiques ont cependant peut-être apporté quelques changements positifs. Par exemple, à Lanark en Ecosse, Robert Owen, qui était lui-même un capitaliste, possédait une usine dans laquelle les travailleurs ne vendaient pas leur force de travail. Ils travaillaient volontairement en échange de ce dont ils avaient besoin. En d’autres termes, ils n’étaient pas exploités et avaient un revenu relativement plus élevé. Le niveau de production était également assez bon. Cependant, il n’y avait pas de place pour la créativité individuelle des travailleurs dans ces communautés. Tout le monde devait porter un uniforme, ressembler aux autres et accepter la même culture. C’est précisément ce problème qu’a dénoncé Marx et c’est pourquoi il considérait cette méthode comme réactionnaire. Il s’est dressé contre ces socialistes utopiques et rejetait leurs idées.

Tous les socialistes utopiques petits-bourgeois partageaient aussi une caractéristique commune. Ils avaient une approche complètement antidémocratique de la construction de leur socialisme idéal. En réalité, ces socialistes étaient élitistes, désirant prendre le pouvoir à la place de la classe ouvrière. De fait, ils ne reconnaissaient pas la créativité de la classe ouvrière. Ils présumaient que la classe ouvrière devait s’intégrer dans les moules et les schémas conçus par ces élites pour atteindre le socialisme. Ils ont pour cela été nommés « socialistes utopiques » par Marx.

Par conséquent, l’histoire du socialisme marxiste est synonyme du rejet des idées petites-bourgeoises, des idées élitistes, des idées utopiques et des idées modernistes d’un certain nombre d’intellectuels. En s’appuyant sur ces fondements du socialisme, Marx s’est opposé, à plusieurs reprises au long de sa vie, à cette méthode de construction du socialisme en utilisant sa méthode critique-révolutionnaire.

Marx et Engels ont été parmi les premiers communistes à couper leur organisation du radicalisme petit-bourgeois, à la fois au niveau théorique et politique. En 1850, ils écrivaient ce qui suit :

« En ce moment où les petits bourgeois démocratiques sont partout opprimés, ils prêchent en général au prolétariat l’union et la réconciliation ; ils lui tendent la main et s’efforcent de mettre sur pied un grand parti d’opposition, qui embrasserait toutes les nuances du parti démocratique ; en d’autres termes, ils s’efforcent de prendre les ouvriers au piège d’une organisation de parti où prédomine la phraséologie social-démocrate générale, qui sert de paravent à leurs intérêts particuliers et où, pour ne pas troubler la bonne entente, les revendications particulières du prolétariat ne doivent pas être formulées. Une telle union tournerait au seul avantage des petits bourgeois démocratiques et absolument tout au désavantage du prolétariat. »[4]

« Ainsi donc, pendant que l’utopie, le socialisme doctrinaire qui subordonne l’ensemble du mouvement à un de ses moments, qui met à la place de la production commune, sociale, l’activité cérébrale du pédant individuel et dont la fantaisie supprime la lutte révolutionnaire des classes avec ses nécessités au moyen de petits artifices ou de grosses sentimentalités, pendant que ce socialisme doctrinaire qui se borne au fond à idéaliser la société actuelle, à en reproduire une image sans aucune ombre et qui veut faire triompher son idéal contre la réalité sociale, alors que le prolétariat laisse ce socialisme à la petite bourgeoisie, alors que la lutte des différents systèmes entre eux fait ressortir chacun des prétendus systèmes comme le maintien prétentieux d’un des points de transition du bouleversement social contre l’autre point, le prolétariat se groupe de plus en plus autour du socialisme révolutionnaire, autour du communisme pour lequel la bourgeoisie elle-même a inventé le nom de Blanqui. Ce socialisme est la déclaration permanente de la révolution, la dictature de classe du prolétariat, comme point de transition nécessaire pour arriver à la suppression des différences de classes en général, à la suppression de tous les rapports de production sur lesquels elles reposent, à la suppression de toutes les relations sociales qui correspondent à ces rapports de production, au bouleversement de toutes les idées qui émanent de ces relations sociales. »[5]

Quels sont les fondements de Marxist Revival ?

Premier fondement : Le socialisme marxiste est une science. Ce n’est ni une aspiration, ni un modèle social, ni une idéologie déterminée, ni une conception prédéterminée destinée à être imposée par en haut. Comme toute autre science, il repose sur une analyse spécifique d’une réalité existante qui est dynamique. Le socialisme marxiste est basé sur un programme pour la transformation de la société capitaliste. Il part de l’expérience vivante et la critique critique-révolutionnaire de la société par les masses opprimées et formule un programme visant à transformer la société actuelle pour en créer une nouvelle. Le socialisme marxiste est en fait la science de la compréhension et de la transformation de la société capitaliste. C’est la science qui a pour but le démantèlement du mode de production capitaliste et son remplacement par le nouveau mode de production socialiste pour le bénéfice et le bien-êtresocial de tous à l’échelle mondiale. (Dans une société socialiste, les classes sociales, et donc l’État, ont disparu et la loi de la valeur ne s’applique pas, les marchandises sont remplacées par des valeurs d’usage et par les produits du travail. La propriété des moyens de production dans la société revêt un caractère social et collectif, le contrôle sur les affaires de la société est démocratique et assuré par le peuple).

Le socialisme scientifique est rationnel. Il ne repose pas sur une utopie. Il n’a pas de formule toute prête pour la libération de l’humanité. Marx a dit que nous sommes aujourd’hui témoins que la lutte des travailleurs aboutit au socialisme du fait de la logique de la lutte. Le socialisme émerge du cœur du mouvement ouvrier. Le prolétariat se transforme dans le processus continu de la lutte de classe. Le prolétariat que nous voyons aujourd’hui, qui, dans l’opinion d’une partie des élitistes, est « inculte » et « démoralisé », saura, selon Marx, « à travers ses luttes de classe continues », parvenir à développer sa conscience et deviendra « capable d’exercer le pouvoir ».

Marx explique comment, en commençant par les réalités amères de la société aujourd’hui, nous devons reconnaître quelles sortes de tendances existent en son sein et quelle direction elles prennent. Les tendances qui vont plus loin que la situation présente devraient être renforcées par l’intervention des communistes (le parti de l’avant-garde des travailleurs). Sur la base de quelles revendications satisfaites dans sa vie présente, pouvons-nous aider la classe ouvrière à développer son expérience de la domination de classe à travers ses batailles successives ? Le socialisme marxiste est scientifique, car nous devons réaliser ces évolutions à partir de la situation actuelle.

Deuxième fondement: le socialisme marxiste est lié au mouvement ouvrier et se forme à partir de la base. Il ne reconnaît pas les « élites » intellectuelles prétentieuses et les « théoriciens » qui n’ont rien à voir avec le mouvement ouvrier. Le socialisme marxiste condamne l’élitisme. Il rejette les intellectuels qui supposent qu’ils sont à même de prendre des décisions au nom des masses laborieuses et de jouer le rôle de l’éducateur, sans même être eux-mêmes éduqués. Depuis son origine, le marxisme croit fondamentalement au principe de l’auto-émancipation des travailleurs. Marx a raison de dire que « l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. » Le marxisme respecte la créativité individuelle et l’innovation des travailleurs et de chacun dans la société. Le socialisme marxiste considère la distinction de classe comme étant la seule différence fondamentale entre les individus et non pas les différences de nationalité, de langue, de race, de religion et ainsi de suite. Le véritable marxisme ne pense pas que la conscience socialiste puisse être apportée à la classe ouvrière par certains intellectuels étrangers à cette classe. En opposition directe à la croyance de la gauche traditionnelle, le marxisme pense que la conscience socialiste émerge de l’intérieur de la classe ouvrière elle-même et que les vrais dirigeants des travailleurs sont ceux qui agissent sur le terrain. Ce ne sont certainement pas les sauveurs prétentieux, qui se considèrent comme les tuteurs de la classe ouvrière mais qui n’ont aucun contact avec le mouvement ouvrier.

Le marxisme est fondé sur le socialisme par en bas et n’est pas élitiste. L’« avant-garde révolutionnaire » que Marx avait en tête ne se compose pas d’individus extérieurs à la classe ouvrière, s’imposant dans le mouvement ouvrier et s’accaparant le pouvoir politique.

En commençant par la pratique critique-révolutionnaire des masses laborieuses et de toutes les personnes impliquées dans la production collective, le marxisme vise à faire progresser la société vers le socialisme. L’ingénierie sociale et les modèles préétablis que certains « scientifiques » et « professeurs » ont mis en avant s’opposent à ce point de vue. Marx affirme que nous devons construire la société socialiste en partant de la pratique révolutionnaire critique des êtres humains. Le socialisme marxiste se construit par en bas et n’a rien à voir avec la dictature imposée par en haut par des « individus éclairés ». Le marxisme ne croit pas en une humanité monolithique et idéale. Marx pensait que la seule façon d’atteindre le socialisme était que les êtres humains prennent le contrôle de leur destin dans tous les domaines, notamment dans la sphère économique. Le socialisme couvre tous les aspects de la société civile. Ce sont bien sûr les luttes de la classe ouvrière qui mettent cet objectif en avant historiquement, mais l’image de la société socialiste qu’elles dessinent pour nous est : l’anéantissement progressif de toutes les classes de la société (y compris le prolétariat lui-même). La dictature révolutionnaire du prolétariat est un moyen pour arriver à la destruction progressive des classes sociales. Cela signifie que tous les êtres humains pourront atteindre la société socialiste et non seulement la classe ouvrière. La classe ouvrière est la seule classe avec une perspective révolutionnaire, tout simplement parce que la classe ouvrière arrive à cette fin par la logique de ses luttes.

Troisième fondement : le socialisme marxiste est entièrement démocratique. Il se prononce pour des organisations syndicales indépendantes et des droits démocratiques pour tous. Il se positionne pour le droit d’organiser des fractions et le droit à la liberté d’expression pour tous dans la société. Le véritable marxisme estime que le processus de transition du capitalisme au socialisme ne sera pas possible sans la mise en œuvre et le respect d’une démocratie qui soit bien supérieure à la démocratie superficielle de la bourgeoisie. Cela signifie que la démocratie politique, fusionnée avec la démocratie économique (le droit pour tous à l’égalité politique et économique), existe. La liberté de parole, de presse et les droits démocratiques seront octroyés à toute la population et pas seulement réservés au parti, à un petit nombre d’individus ou à une classe spécifique. Le socialisme marxiste n’exige aucune espèce de supériorité et de discrimination avec recours à la force et à la « dictature » au sein de la société. L’idée de la « dictature du prolétariat » de Marx a été déformée par la bourgeoisie et la petite bourgeoisie, en particulier par les staliniens. Ce que Marx entendait par « dictature du prolétariat » n’était pas une « dictature » imposée par l’État prolétarien (selon l’idée aujourd’hui déformée du despotisme par la bourgeoisie et le stalinisme). Il signifiait avoir le « droit de veto » et non pas d’imposer le despotisme. En d’autres termes, cette phase est la plus haute forme de démocratie qui n’ait jamais existé dans l’histoire. Contrairement à la démocratie bourgeoise, qui est précisément la dictature de la volonté de la minorité sur la majorité des masses laborieuses de la société, le renforcement de la démocratie des travailleurs (de la dictature révolutionnaire du prolétariat) est la seule forme de gouvernement qui puisse respecter les droits de toutes les personnes, y compris de ceux qui s’opposent à elle. Cependant, après que l’État capitaliste a été renversé et que la période de transition du capitalisme au socialisme a commencé, le nouvel État ouvrier (gouvernement des soviets) se dressera contre une petite minorité cherchant à revenir au pouvoir et contre son appareil répressif (sa police et ses réseaux de renseignement). Il saura défendre résolument les droits obtenus par la majorité de la société et ne permettra pas le retour du capitalisme et de son appareil répressif.

Le socialisme marxiste est démocratique. Le socialisme ne peut être réalisé avec des baïonnettes. Le socialisme marxiste a foi dans les organisations indépendantes de travailleurs. Marx fut l’un des premiers socialistes à défendre ces organisations-là, à savoir les syndicats. Bien qu’ils tentent seulement d’améliorer la situation actuelle, ces syndicats sont les seuls organes qui permettent aux travailleurs d’élever leur conscience. Le marxisme est en faveur de l’action consciente. Le concept d’« avant-garde » du point de vue de Marx ne signifie pas que certains puissent s’emparer du mouvement ouvrier et se décréter ses « dirigeants », « professeurs » et autres « élites » ayant pour tâche d’éduquer tout le monde. Cela signifie avoir une bonne compréhension et être capable d’évaluer la situation actuelle et ses tendances. Autrement dit avec une compréhension du monde et une analyse scientifique, l’avant-garde communiste œuvre au cœur du mouvement et est capable de l’emmener pas à pas vers la révolution socialiste. C’est ce que Marx entend par « avant-garde » : être en mesure d’intervenir dans la situation actuelle autour des revendications des travailleurs et tenter de les faire avancer vers la prochaine étape. Les communistes qui composent l’avant-garde se trouvent au premier plan du front anticapitaliste. Ce sont les éléments les plus résolus et leur seul bénéfice est dans la réalisation des perspectives et de l’objectif final. Marx a expliqué que les communistes ne construisent pas un mouvement étranger à la classe ouvrière. Ils interviennent dans ce mouvement dans l’état où il se trouve, mais avec le droit d’avoir une tendance et une transition démocratique.

Dans la Première Internationale, le droit à la création de tendance était respecté : les partisans de Proudhon, Bakounine et même les socialistes européens argumentaient contre Marx. Les droits de chacun étaient officiellement reconnus.

Toute l’humanité devrait avoir le droit de prendre position et non seulement la classe ouvrière. Alors que la révolution politique représente la conquête du pouvoir politique par le prolétariat et les conseils ouvriers, la révolution sociale qui mène vers le socialisme doit être faite par tous. Ce n’est possible qu’à la condition que tout le monde dans la société intervienne dans les prises de décisions et que le pouvoir soit réparti entre toutes les différentes couches laborieuses de la société.

Quatrième fondement : le socialisme marxiste est radical et révolutionnaire. Il entraine la libération des travailleurs au-delà du cadre juridique. Il vise à détruire l’appareil d’État capitaliste. Il cherche les luttes politiques dans la rue, dans les grèves et les révolutions et non pas derrière les portes closes des cercles intellectuels qui sont étrangers aux mouvements anticapitalistes. Les socialistes marxistes ont pour objectif la préparation de la classe ouvrière à la grève générale et l’armement des masses en vue d’une insurrection de masse dans le but de renverser l’État capitaliste.

Le marxisme révolutionnaire croit aux mouvements de masse. La révolution n’est rien sans l’intervention des masses dans la rue. Le marxisme pense qu’il est possible d’aller au-delà des institutions juridiques existantes et de briser l’appareil d’État. Marx a tiré les leçons suivantes de la Commune de Paris de 1871 : en utilisant l’appareil d’État existant, les masses ne peuvent pas atteindre le socialisme. Le prolétariat doit briser l’appareil d’État de la bourgeoisie. Le marxisme estime que les pouvoirs législatifs, judiciaires et exécutifs doivent être réunis. Les législateurs doivent faire appliquer la loi et ne pas délaisser cette tâche à des bureaucrates, des professeurs ou des intellectuels. En d’autres termes, la bureaucratie d’État doit être abolie. Marx a déclaré que les assemblées libres des masses productrices indépendantes doivent organiser la société. La révolution russe de 1917 a fait prendre forme à ce genre de gouvernement en organisant les soviets ouvriers.

Le marxisme estime aussi que, du point de vue économique, le socialisme n’est pas une question d’ordre national et qu’il doit être construit sur le plan international. Marx a affirmé que si le socialisme ne se construit pas sur le plan international, alors il « retournera vers la fange du passé », car la bourgeoisie est un phénomène international. Si le communisme n’est pas établi sur le plan international, alors cela signifiera seulement répartir la pauvreté entre les pays communistes. La révolution socialiste ouvrière peut éventuellement se produire dans un pays sous-développé, mais la construction du socialisme doit être réalisée sur le plan international.

 

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s


%d bloggers like this: